ASMA MHALLA
Cyberpunk - Le nouveau système totalitaire»
"De quelque génération qu’il soit, le fascisme n’advient pas par hasard, il est une boursouflure de son époque. Face à la disparition du sens de nos existences, à leur absurdité et à leur violence, face au sentiment de perte de dignité et de déclassement, le fascisme répond par l’excès inverse : trop, beaucoup trop de sens. Saturation de signes. Un salut nazi banalisé par un Elon Musk qui deviendra mème ou la promesse d’emmener les Américains sur Mars participent à la mise en place du décorum. Coolitude du néo-fascisme d’atmosphère…"
"Le fascisme postmoderne est un show qui anesthésie le réel. Il fonctionne par une double caricature : celle, excessive et paroxystique, du système qui l’a enfanté et celle du fascisme-origine qu’il singe. Le trumpisme démontre que l’usage abusif du simulacre ne subit aucune usure. Au contraire, il se décline sans limites.
C’est pourquoi le fascisme postmoderne est un simulacre de fascisme, un fascisme-simulacre. Il faut être précis sur un point : le simulacre n’est pas la simulation. Le fascisme ne fait pas semblant. Il ne simule pas les licenciements arbitraires, l’effacement de la science, la politisation de l’appareil d’État, la délégitimation du pouvoir judiciaire ou de la presse écrite, la persécution des adversaires politiques, les arrestations arbitraires, la brutalité des déportations de migrants, le népotisme. Il ne les simule pas plus aujourd’hui qu’il ne les a simulés hier. Le réel nu est toujours là, matériel, brutal et violent. Il est enseveli mais il n’est jamais totalement détruit. Juste enfoui sous une surcouche de mises en scène qui renvoient rarement à une justification rationnelle (les tarifs douaniers, la haine des autres, etc.). Le réel ne sera accessible aux yeux de tous qu’après la catastrophe lorsque l’échafaudage des simulacres ne pourra plus tenir."
"Dans le cadre théorique de Baudrillard, le simulacre produit de l’hyperréel, « un réel sans origine ni réalité », un monde où la représentation renvoie à d’autres représentations, dans une boucle indéfiniment autoréférentielle.En l’occurrence, il se nourrit des images, des signes et des émotions pour manipuler les médias et, par ricochet, les opinions publiques fragmentées."